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La Vie Zéro Déchet de Nina aka @jolisauvage

Il y a bientôt 2 ans, mon amie Nina a décidé de transitionner vers le 0 déchet. Lorsqu’elle me l’a annoncé, j’avais l’impression d’être moi-même productrice de peu de déchets et d’être plutôt en avance sur le sujet. Après tout, je recycle, j’étais dans des AMAP pour faire mes courses, j’utilisais des cotons lavables et j’évitais d’acheter de l’eau en bouteille …

Quelques semaines plus tard, j’ai réalisé en assistant à une conférence de Jérémie Pichon de La Famille Zéro Déchet qu’au final, j’en produisais un sacré paquet (de déchets) sans même m’en rendre compte, et que si je voulais changer, il allait falloir revoir de A à Z mes habitudes de consommation…

Par exemple, en tant que blogueuse, cela m’a fait complètement reconsidérer mon rapport aux agences de presse et aux marques, qui ont tendance à inonder la blogosphère de colis suremballés plein de goodies en plastique ou d’objets dont je n’avais pas besoin. Depuis plusieurs mois, j’ai donc décidé de refuser tout ce qu’on m’envoyait sauf si cela rentrait dans une démarche de consommation durable et éco-responsable.

Puis j’ai continué de réaliser que j’étais complètement à côté de la plaque lors de mes deux derniers séjours parisiens où Nina m’a hébergé : Par exemple, je suis complètement démunie sans poubelle, je ne fais pas attention à la quantité de plastique et de papier qu’on nous refile en permanence (pailles, sacs, emballages autour des magazines, tickets, bouteilles, opercules…)

En fait, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie estime à 390 kg le volume d’ordures ménagères par an et par habitant en France. C’est dingue. Sachant qu’un sac plastique met 400 ans à se dégrader, pas besoin de faire le calcul pour se rendre compte qu’on est dans la merde.

Grâce à Nina, j’ai pu voir en action ce qu’une vie 0 déchet représente et cela m’a décidé définitivement à faire ma transition, à mon propre rythme. Il y a encore plein de sujets sur lesquels j’avance tout doucement (voir pas du tout), mais je sens qu’un changement profond s’est opéré en moi et je fais beaucoup plus attention qu’avant à une quantité de petites choses que je consommais sans sourciller, comme les pailles, les gobelets ou même les emballages.

Comme Nina a vraiment été mon inspiration sur ce sujet, j’avais envie de vous faire partager sa vision et de lui poser quelques questions, parce que j’ai envie que le monde entier la connaisse et qu’elle saura sûrement vous inspirer à réduire vos déchets vous aussi !

Interview de Nina Gouze aka @jolisauvage 

Comment tu te définirais en une phrase ? 

C’est très difficile de se définir en une phrase, parce que chaque individu est multiple et foisonnant.

Si je devais me qualifier rapidement, je dirais que je suis une trentenaire urbaine responsable et engagée dans la protection de l’environnement et animée par l’idée qu’une société naturelle et symbiotique est possible.

Je pense qu’au fond je suis une punk idéaliste, activiste du quotidien, bienveillante et zéro déchet.

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire ta transition vers le Zéro Déchet ?

À 30 ans et après 10 ans dans le domaine de la com’, j’ai ressenti le besoin de me recentrer sur mes valeurs et j’ai décidé tout plaquer pour passer un CAP de cuisine à Ferrandi (ndlr : Ce CAP est ultra réputé dans le milieu de la cuisine française). Sensible depuis longtemps à la question de l’éthique alimentaire (élevage raisonné, bio, local …) et ancienne bénévole des restos du cœur j’ai vite pris conscience de l’impact écologique du gaspillage alimentaire et de la quantité de déchets plastiques liée au suremballage qui l’accompagnait. Quelques bouquins, docus et blogs plus tard je découvrais le mouvement Zéro Waste. Lier mes convictions politiques, écologiques, sociales et personnelles en choisissant d’agir au quotidien pour donner du sens à mes choix de consommation m’est apparu comme une évidence. Utiliser mon pouvoir d’achat pour défendre, promouvoir et me battre pour un monde en accord avec mes idéaux, c’était pour moi un premier pas vers l’équilibre et une certaine forme d’honnêteté envers moi-même. Ça fait un an et demi que je vis de cette façon et je sais maintenant que je ne pourrais pas revenir en arrière.

Quel est selon toi la première chose à faire (ou à arrêter de faire) quand on souhaite produire moins de déchets ?

Refuser. C’est la première des 5 règles du mode de vie zéro déchet.

Refuser (ce dont on n’a pas besoin). Réduire (ce dont on a besoin). Réutiliser (ce qui peut l’être). Recycler (ce qu’on ne peut ni refuser, ni réduire ni réutiliser). Composter (tout ce qui peut l’être).

Ça semble plutôt évident quand on y réfléchit bien. Si on ne veux pas générer de déchet il ne faut pas les accepter. Évident mais pas si simple. Il faut apprendre à dire non et à l’assumer avec diplomatie en expliquant pourquoi on a choisi de refuser les déchets. Au quotidien ça demande surtout d’être capable de prendre du recul sur soi-même, sur nos habitudes et réflexes de consommation, et les remettre en question. Différencier les besoins des envies. Trouver des alternatives, envisager les choses sous un autre prisme, repenser ses priorités. Et s’organiser, changer ses habitudes les unes après les autres, petit à petit. Donner du sens à chaque action. Choisir.

Peux-tu m’expliquer pourquoi recycler ce n’est pas suffisant selon toi ?

Le recyclage est une chimère. On nous engage à trier nos déchets, à les mettre gentiment dans les poubelles jaunes pour qu’ils soient « recyclés ». Ce terme bien joli, est aussi un voile de fumée.

Que peut-on recycler, pourquoi, comment, ou… autant de questions qui ne sont pas réellement abordées dans le débat public. En réalité, on pense trop souvent que lorsque nos déchets ne sont plus chez nous ils disparaissent et sont transformés comme par magie en autre chose, mais en quoi ? Les bouteilles en plastiques deviennent des polaires ? Mais les polaires, sont elles recyclables à la fin de leur vie ou deviennent elles à leur tour un déchet non recyclable ? …

Aujourd’hui dans le monde on produit 83 milliards de tonnes de déchets par ans. C’est un chiffre tellement énorme que c’est juste impossible de se figurer ce que ça représente en terme de volume… 91% de ces déchets ne sont pas recyclés. L’immense majorité, soit 79 %, est en train de s’amonceler sur les sites d’enfouissement ou se répand dans la nature sous forme de détritus. À un moment, la plupart d’entre eux finiront dans nos océans, sous une forme ou sous une autre. Si on continue comme on le fait, sachant que la production de plastique n’est pas du tout en train de reculer mais de s’accroitre, 12 milliards de tonnes de plastique joncheront les centres d’enfouissement à l’horizon 2050. C’est l’équivalent de 1 188 Tour Eiffel. Je vois mal comment on peut se laisser bercer par l’illusion selon laquelle on serait capable de recycler autant de déchets…

Ta plus grande réussite / La chose dont tu es le plus fière depuis que tu as fait ta transition ?

Il n’y a pas vraiment de grande réussite, parce que c’est surtout dans tous les gestes et les choix du quotidien que mes convictions s’expriment mais je suis très fière de voir petit à petit les gens autour de moi s’intéressent à ma démarche et de me dire que je les inspire.

Je n’ai pas choisi ce mode de vie pour donner l’exemple mais parce que je considère que c’est la meilleure façon pour moi d’être en accord avec mes convictions, pas parce que je pense que tout le monde devrait vivre comme ça. Je ne suis pas prosélyte ou moralisatrice, chaque personne est différente et rien ne m’autorise ou ne me place en qualité de juger ou de définir ce qui est bien ou non pour qui que ce soit d’autre que moi. Ce que je sais en revanche, c’est qu’être en accord avec moi-même me rend heureuse et je pense que mon entourage s’en rend compte et s’intéresse à ma démarche car elle est honnête et sincère. Et ça me touche beaucoup quand je reçois une question ou un encouragement d’une copine ou d’un ami qui me dit « tu sais, j’y pense depuis quelques temps, je trouve ça bien et j’essaie aussi de m’y mettre ».

Il y a quelques temps un ami m’a dit « tu es une héroïne des temps modernes » j’ai trouvé ça drôle et exagéré et puis je me suis surtout rendu compte qu’on est encore bien loin du monde dans lequel je voudrais vivre si le simple fait de ne pas vouloir générer de déchets fait de moi une héroïne aux yeux des autres…

Ton plus gros échec Zéro Déchet ?

Ha haha ! Il y en a eu plein !! Du shampoing liquide fait maison et plein de grumeaux qui laissait des dépôts dans mes cheveux aux recettes foireuses pour pouvoir manger mes peaux de bananes (problème aujourd’hui résolu avec un super banana bread !!!) je crois que chaque déchet que j’identifiais a été l’occasion d’expérimenter plusieurs solutions, des plus complexes aux plus simples… il faut parfois être très persévérant pour arriver à trouver la bonne solution, celle qui marche pour moi (et ça ne veut pas dire qu’elle marchera pour les autres).

Mais mon plus gros échec est la mort récente de tous les petits lombrics de mon lombricomposteur. Je ne m’avoue pas vaincue pour autant ! Peu importe le temps que ça prend, quand on veut vraiment réussir à faire quelque chose il faut essayer, essayer encore, essayer jusqu’à ce qu’on y arrive. Le succès n’est pas chose facile, il faut aller le chercher. J’ai foi en moi et j’espère que je ne sacrifierai pas trop de petits lombrics à ma démarche mais pouvoir composter mes déchets organiques chez moi est véritablement un objectif important pour moi.

Et enfin pour finir, ton conseil à toute personne qui souhaite se lancer mais qui flippe devant l’ampleur de la tâche à accomplir ?

N’ayez pas peur, on ne fait jamais rien de grand quand on se laisse guider par la peur.

Et lisez, informez vous, soyez curieux, partagez, échangez, posez des questions, apprenez… et surtout soyez bienveillant avec vous-même, prenez les choses que vous souhaitez changer une par une, ne courez pas après la perfection, faites comme vous pouvez en étant honnêtes et sans vous mentir, step by step.

Changer de mode de vie est difficile et demande un investissement personnel fort mais ça n’est pas un sacrifice, bien au contraire, c’est une évolution et un plaisir, ça doit être fait dans la joie et la conviction que c’est une démarche positive pour vous, par vous et grâce à vous. Faites vous confiance, croyez en vous et ne baissez pas les bras, le reste suivra.


Pour clôturer cette jolie interview, j’ai demandé à Nina quelques recommandations de lectures, je vous les partage ici :

Son livre déclic

  • « Saison brune » un roman graphique de Philippe Squarzoni

Ses bibles du Zéro Déchet

Quelques lectures pour aller plus loin
Ses documentaires favoris

Vous êtes encore là ?

Super, pour finir je vous propose de regarder la vidéo géniale d’Ophélie – Ta Mère Nature sur la vie de Nina (et si vous avez encore un peu de temps, matez les vidéos d’Ophélie sur sa chaîne YouTube, elles sont top !)

Quant à moi, j’espère que ce nouveau format vous aura plu ! Je vous embrasse 😉

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